Le premier article du Code d'honneur du légionnaire résume tous les autres. Le légionnaire est un volontaire, c'est-à-dire qu'il a choisi librement la France et son armée. Dans
cette armée, il trouve ce qui est le plus précieux pour les hommes :
l'amitié, la fraternité d'armes, des camarades pour qui il se ferait
tuer comme ils se feraient tuer pour lui, et enfin l'idéal qui justifie
une vie. Cet
idéal c'est la France, qui est une grande âme collective, historique,
héroïque, très ancienne, et dont le visage ne ressemble à celui
d'aucune autre nation.
J'ai eu quelques amis qui étaient d'anciens légionnaires. Avoir servi dans la Légion était la fierté de leur vie. Il n'en
était pas un qui ne parlât du Capitaine Danjou comme s'il avait été
commandé par lui, et de Camerone comme s'il avait survécu à cette
bataille mémorable. Aucun d'eux n'avait oublié la devise des régiments étrangers : Honneur et Fidélité. Elle était gravée en eux, elle était leur décoration, leur fourragère. Leur
existence avait été illuminée pendant plusieurs années par ces deux
vertus et la Légion pour eux, c'était exactement cela : l'Honneur, par
lequel on garde toujours l'estime de soi, et la Fidélité poussée
jusqu'au don de sa personne.
Si rudes
que soient ses travaux et si grands que soient les dangers qu'il court,
il y a des choses qu'un soldat ne fait jamais, et c'est en cela qu'il
diffère des autres hommes. La
morale militaire est justement fondée sur cet honneur et cette fidélité
que la Légion exige avant tout de ceux qui s'engagent dans ses rangs. Elle les leur enseigne et ils en sont ennoblis pour toujours.
Le
médecin-chef d'un hôpital militaire m'a conduit à l'époque des combats
pour Strasbourg, auprès du lit où gisait un jeune sergent de Légion,
amputé des deux jambes et atrocement mutilé par un éclat d'obus.
D'une bonne famille chilienne, élevé dans un pensionnat français, il
avait jugé devoir venir se battre pour le pays auquel il devait toute
sa culture.
La main
de la religieuse qui le soignait tremblait le jour où, sur sa demande,
elle lui présenta un miroir pour la première fois.
Mais il y contempla, sans sourciller, son visage mutilé.
"Pourquoi pleurez-vous ma soeur ? " dit-il.
"J'ai beaucoup de chance. On m'a fait trois transfusions; maintenant j'ai du sang français dans les veines."